L’ESS : LA ou UNE solution pour sortir de la crise? 3/5 Comment a-t-on pu laisser faire ça?

L’histoire de l’économie sociale est jalonnée d’aventures rocambolesques au fort parfum de scandale. Pour lancer ma réflexion, je vais prendre un ou deux exemples parmi d’autres

Des fiascos retentissants

Le scandale initial de la GMF

Tout le monde se souvient de la toute puissance de la mutuelle des fonctionnaires, la GMFdans les années 60 et 70. Elle possédait même une banque, la banque centrale des coopératives et des mutuelles où toute association ayant pignon sur rue se devait d’avoir son compte. Et pourtant cette institution a du plier le genou et brader ses joyaux au milieu des années 80. Et pourquoi donc me direz-vous ? Pour avoir investi (spéculativement ou non, là n’est pas la question) dans de l’immobilier plutôt haut de gamme dans les Antilles. Etait-ce bien ce que les fonctionnaires attendaient de LEUR mutuelle ? Personne ne le saura jamais puisqu’on a jamais songé à le leur demander et que eux n’ont jamais songé à l’exprimer.

La coopération agricole : le cas UNICOPA

Toutes puissantes dans les années 60, à l’époque des grandes révoltes paysannes (déjà), les coopératives agricoles ont depuis beaucoup perdu de leur superbe, quand elles n’ont pas tout perdu. La dernière péripétie en date de cette histoire agitée du mouvement coopératif agricole est la déconfiture finale d’UNICOPA, la grande coopérative attrape-tout installée à Morlaix. Dans les années 70, UNICOPA était LA référence en matière de réussite du mouvement coopératif agricole breton, pourtant peu avare en success-story. Réussite tellement éclatante même qu’elle rachetait à tour de bras et s’associer avec des tas de gens biens dans des tas de belles joint-ventures. Mais il y a des associés à la table desquels il vaut mieux ne pas s’associer. Albert Frère, le milliardaire belge est de ceux-là. Pour l’avoir oublié, UNICOPA en est mort. Encore heureux ses dépouilles ont été largement reprises par d’autres « coopératives » bretonnes au début de cette année.

La démission des parties prenantes

J’aurai tout aussi bien pu parler de la quasi-disparition des magasins Coop mais cela aurait servi à quoi de retourner le couteau dans une nouvelle plaie. Toujours est-il que dans les exemples fourmillent où les entreprises d’économie sociale ont failli dans leur projet social-sociétal et parfois même ont périclité économiquement parce que les parties prenantes, et en particuliers le noyau dur, ont démissionné de leur responsabilité. Prenons le cas de la coopération agricole. Les coopératives se sont créées par la volonté des agriculteurs de mettre en commun leur moyen pour mieux résister aux autres acteurs sur le marché. La crise laitière actuelle, mais on aurait aussi bien pu prendre la crise viticole, a montré combien le projet est oublié : les agriculteurs se plaignent de devoir vendre à perte à LA coopérative, établissant un rapport de type client fournisseur là où il y avait un rapport de coopération. De la même façon, on peut s’expliquer la défaillance des Coop par la substitution de ce rapport clients/fournisseurs au rapport initial de coopérateurs. C’est cette forme de passivité , consommateur passif, producteur soumis , qui explique que ces entreprises d’une forme un peu différentes en perdant « leur âme » (« âme » étant pris au sens étymologique : ce qui anime) ont souvent perdu leur principal ressort

La prise de pouvoir des managers un peu partout

En grandissant, les entreprises d’économie sociale aspirent à une meilleure reconnaissance de ce qu’elles sont, c’est-à-dire AUSSI, des opérateurs économiques efficaces. Elles vont donc utiliser les standards de mesure de l’efficacité des entreprises, qui sont essentiellement pour ne pas dire exclusivement des standards financiers. Et comme pour les mettre en œuvre, il faut des spécialistes, les recrutements sont allés bon train dans les bonnes écoles de management. L’entreprise, fut-elle d’économie sociale, étant comme la nature, elle a horreur du vide et donc face à la démission des parties prenantes sociétales, ce vide a été comblé par …les managers. La prise du pouvoir par les managers face à la démission des parties prenantes légitimes, ça rappelle étrangement ce que certaines entreprises capitalistes ont connu : la démission des actionnaires face aux managers , provoquant ce qu’on a appelé une « crise de la gouvernance ».

Le scandale de BP/CE

Mais je ne voudrais pas terminer cet acte 3 sans jeter un ultime coup de projecteur sur ce qu’on peut considérer comme le scandale des scandales dans la vie de l’économie sociale.

Prenons deux grands groupes bancaires coopératifs ou mutualistes, Les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne (on devrait dire le « groupe Banque Populaire » et « le groupe Caisse d’Epargne ») ; Laissez-les faire des acquisitions tous azimuts d’autres banques du secteur privé.

Laissez-les faire des affaires dans l’immobilier via une filiale commune, de statut ni coopératif, ni mutualiste. Laissez-les aussi spéculer sur les marchés financiers, comme toutes les banques.

C’est ce qu’ont fait les sociétaires de ces banques (mais peut-être ignoraient-ils qu’ils le fussent).

Rajoutez maintenant un conseiller financier malin, près du pouvoir politique, qui se rend compte que le statut d’entreprise d’économie sociale, dans une société capitaliste, est d’une grande vulnérabilité à toute forme d’OPA quand les sociétaires ne sont pas vigilants.

Et voilà comment on peut être conseiller du Prince, ultra-libéral et mettre la main sur ce qui devient le deuxième groupe bancaire français. Le comité de déontologie de la fonction publique n’ayant rien trouvé à redire, la justice ayant considéré qu’il n’y avait en la matière aucune prise illégale d’intérêt, il convient de s’incliner et de considérer que si scandale il y a c’est dans la gouvernance de ces deux entreprises

Fin de l’acte 3

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