Le développement durable, Triangle des Bermudes de la politique? Ou carré magique pour sortir de la crise? La réponse est : D.E.M.O.C.R.A.T.I.E.

Le triangle des Bermudes de la politique

 

« Tous d’accord » et pour cause

Le développement durable ? Tout le monde est pour évidemment. D’ailleurs qui pourrait être contre, puisqu’avec le développement durable tout le monde est servi.

Ceux qui trouvent que l’Homme avec un grand H doit être au centre de tout sont satisfaits puisque « l’arête sociale » est là pour cela.

Ceux qui sont persuadés que seule l’efficacité économique est capable d’assurer à l’Humanité, avec un grand H, prospérité et paix durable sont satisfaits puisque « l’arête économique » est là pour cela.

Ceux enfin qui craignent tellement pour l’avenir de notre Planète, avec un grand P, qu’ils mettent au-dessus de tout, la préservation des milieux et des ressources naturelles sont également satisfaits puisque « l’arête environnementale » est là pour cela.

Et c’est justement cette unanimité autour de ce vocable, qui fonctionne comme un mot-valise, qui fait que le concept est inopérant politiquement. En effet, chacun, persuadé que le développement durable va dans le sens de ses souhaits et de ses intérêts, a donc tendance à tirer la couverture à soi et à déformer le beau triangle équilatéral. Voyons un peu comment cela fonctionne.

Le miroir déformant des intérêts divergents

Le schéma théorique qui décrit le mieux  le développement durable est un triangle équilatéral, qui se fonde sur l’hypothèse qu’il est possible de trouver un équilibre entre les trois exigences fondamentales : l’efficacité économique, l’équité sociale et la sécurité environnementale. De ce fait l’acceptabilité du schéma se fait lorsque le barycentre du triangle équilatéral est atteint. En géométrie plane, cela signifie que le développement atteint un point d’équilibre et donc d’acceptation par tous à l’intersection des trois médianes qui partent de chaque sommet du triangle pour aller couper le côté d’en face. Mais ceci n’est évidemment vrai que parce que nous avons posé l’hypothèse que chaque exigence fondamentale a la même importance pour tous.

Pour l’entrepreneur, en général et sauf exception, l’efficacité économique est l’impératif catégorique ; l’équité sociale est au mieux un des éléments de la négociation acceptée avec l’un des facteurs de production, le travail et au pire une variable d’ajustement ; et la sécurité environnementale une contrainte externe en général imposée par la puissance publique quand ce n’est par « la société civile ». Donc dans son optique, les trois facteurs n’ayant pas la même importance, le triangle va avoir tendance à se déformer de façon à ce que le barycentre se rapproche le plus possible de l’efficacité économique et le triangle va avoir de plus en plus l’air d’une pagode avachie jusqu’à ce que cela ressemble à un segment de droite à peine renflé.

De son côté, l’acteur social, l’humaniste, met au-dessus de tout l’équité sociale et le développement humain, l’efficacité économique n’étant au mieux qu’un moyen de satisfaire une partie des besoins matériels qui contribuent à ce développement, au pire une forme d’exploitation inacceptable ; et la sécurité environnementale un luxe que « nous ne pouvons pas nous permettre tant que les besoins vitaux ne sont pas satisfaits. Les mouvements de force fonctionnant de la même façon mais dans un sens différent notre pauvre triangle équilatéral se déforme de la même manière et nous voyons réapparaitre notre pagode toujours aussi avachie qui va se finir en segment de droite toujours aussi peu renflée mais ayant pivotée de 120°.

L’écologiste, ou l’environnementaliste n’est guère plus vertueux puisque pour lui la sécurité environnementale est la valeur cardinale ; l’efficacité économique est le plus souvent la cause de tous ses tracas, au mieux une contrainte qu’il faut sans cesse avoir à l’œil ; l’équité sociale est souvent l’alibi pour dire qu’on fait de la politique mais les jeux de forces produisant toujours leur rôle de distorsion, nous voyons rapidement que la pagode s’avachit de nouveau mais selon un angle différent, ayant pivoté encore de 120°.

Quand bien même l’un de nos protagonistes accorderait plus d’importance à l’un des deux autres facteurs, cela ne changerait rien à l’affaire, si ce n’est que la pagode s’avachissant deviendrait un éventail chinois qui lentement se referme.

Du triangle des Bermudes, rien n’est jamais revenu…

Et voilà pourquoi le triangle  du développement durable ressemble de plus en plus au triangle des Bermudes où disparaissent les unes après les autres les illusions dont nous bercent les politiques de tous bords qui, voyant que l’expression faisait florès, s’en sont emparés sans vergogne pour le tordre ensuite ainsi que nous venons rapidement de le décrire. Alors faut-il pour autant désespérer de faire prospérer ce concept qui a réussi à faire sortir le monde de sa vision à courte de vue ?

Certes non, mais…

Et si le développement durable était un carré magique ? Voire une pyramide?

Essayons d’abord de poser le problème de manière la plus irréfutable possible.

Avec Pareto, à la recherche de l’équilibre

Nous savons que toute modification de l’équilibre ne sera acceptable que si chaque partie prenante a l’impression qu’elle est gagnante à chaque évolution du modèle. En mathématique, cela s’appelle une optimisation sous contrainte et nous avons appris des mathématiciens qu’il existe un moment où ces évolutions arrivent à un optimum. Cela s’appelle l’optimum de Pareto qu’on peut définir ainsi : l’optimum n’est pas atteint tant qu’un avantage obtenu par l’une des parties prenantes se traduit par un désavantage au moins égal  pour une autre partie prenante ou si vous préférez, on atteint l’équilibre optimal de Pareto dés lors que tout avantage supplémentaire obtenu par une partie prenante se traduit par un désavantage supérieur pour au moins l’une des autres parties prenantes.

Comme nous le voyons, c’est une question mathématique que seuls les mathématiciens sont à même de résoudre. Tant qu’à résoudre des problèmes complexes, autant qu’ils s’attaquent à celui-là plutôt qu’à des algorithmes permettant de faire fonctionner de façon quasi automatique des salles de marché. Mais les mathématiciens n’ont pas à leur disposition les outils de mesure permettant d’alimenter leurs modèles.

NO PIB

En effet, nous sommes pauvres en outils de mesures simples et la tyrannie du PIB a un peu éclipsé tous les autres efforts pour trouver un moyen de mesurer le progrès humain. Une des premières étapes donc pour sortir le développement durable de ses antagonismes terribles est de donc de développer les outils statistiques permettant de rendre mieux compte de la réalité, des autres réalités que de la seule réalité économique. Les travaux menés  par la commission Sen-Stiglitz vont dans ce sens mais cela reste les réflexions d’un aréopage d’économistes. Mais supposons ce problème d’approvisionnement statistique résolu, nous ne serions pas pour autant au bout de nos peines. Il faudra encore faire travailler nos experts de l’optimisation sous contrainte et c’est là que nous nous heurtons à une question que jusqu’à présent nous avions soigneusement évité d’aborder : qui nous dira ce qui est un avantage supérieur ou un désavantage supérieur ?

La quatrième dimension : la démocratie

Dans une organisation politique comme celle où nous vivons et aspirons de continuer à vivre, ces questions sont au cœur du débat démocratique. La démocratie, la voilà la grande absente du schéma initialement décrit. En effet, sans démocratie, il est difficile de pouvoir trancher ce qui est bon et ce qui l’est moins, de faire la part des choix entre ceux qui vivent dans le court ou le moyen terme, ceux qui n’ont d’horizon que celui de leur propre durée sur terre et ceux dont la vision ne saurait se limiter à l’échelle du siècle. le débat démocratique est là pour nous éclairer en s’appuyant sur tout l’outillage dont la description a à peine été abordée dans le paragraphe précédent.

Cela voudra dire que nous passons d’un schéma à trois dimensions à un schéma en quatre dimensions. Peut-on, pour rester dans la phraséologie symboliste, alors parler d’un « carré magique » du développement durable ? Ne devrions-nous pas plutôt parler de pyramide du développement durable dont le sommet serait évidemment la démocratie ? Cela serait évidemment préférable.

ET en termes de durabilité, une pyramide, ça se pose un peu là !

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4 commentaires pour Le développement durable, Triangle des Bermudes de la politique? Ou carré magique pour sortir de la crise? La réponse est : D.E.M.O.C.R.A.T.I.E.

  1. MARIE Gildas dit :

    Dominique ,
    tu sais qu’en mathemathiques tu ne changes pas le bartycentre si ti appliques le même coef à toutes les composantes.Ton idée du carré magique ou pyramide est interessante mais ne seduit pas.

    Pouirquoi ne pas appliquer la regle de stabilité des navires avec des regles simples.Plus tu charges dans les hauts (impots,fiscalité dec… etc)plus tu reduis ta stabilité.Plus tu reduis ta stabilité moins tu as de chances de rentrer au port.

    Donc toujours suivant les memes principes laissons aux vrais experts le soin de controler ces problemes et tout ira mieux.

    Les entreprises savent que pour durer elles doivent preserver l’environnement ,même la Chine a pris conscience de ce probléme.

    Je continue à suivre ton blog avec plaisir

    Gildas

    • Gildas,
      c’est justement parce que chacun pondère différement que le barycentre se déplace au point de donner une vision caricaturale de ce qu’est le développement durable (ce que j’ai appelé incorrectement un triangle déformé).
      Pour faire rapide et utiliser des catégories simples, un néolibéral (au sens économique du terme) qui considère que tout procède de la performance des entreprises, va surpondérer cet aspect des choses et donc appeler de ces voeux des politiques publiques qui favoriseront ce dessein, l’équité sociale et l’inoccuité environnementale étant alors des variables d’ajustement, qu’il faut prendre en compte certes, mais à leur juste valeur.
      De la même façon, un militant du Parti Communiste, ou de la Ligue Communiste Révolutionnaire considérera que l’amélioration constante de la condition ouvrière est ce dont tout doit procéder et prônera des politiques publiques qui vont dans ce sens, l’efficacité économique des entreprises ou l’inoccuité environnementale étant alors des variables d’ajustement, qu’il faut prendre en compte certes mais à leur juste valeur, c’est à dire pondéré d’un coefficient moindre.
      Et pour finir prenons le militant pur et dur des Verts, par ailleurs Amis de la Terre et peut-être même d’un collectif antinucléaire et d’un comité de soutien aux « Sans » (sans-papier, sans abris, sans emploi). Pour lui l’essentiel est bien la préservation des ressources naturelles et il surpondérera toutes les les politiques publiques qui vont dans ce sens, l’efficacité économique des entreprises et l’équité sociale étant là des variables d’ajustement, qu’il faut certes prendre en compte mais à leur juste valeur c’est à dire moindre. Entre ces trois positions, il existe toutes les nuances qui font que le barycentre se balade et c’est pour cela que si on n’y rajoute pas une autre dimension, le concept de développement durable est bien pratique pour tout le monde
      D’où l’idée de fixer ce barycentre à travers le débat démocratique et non le débat d’experts. Et plutôt que de raisonner dans un espace à deux dimensions, je propose de raisonner dans un espace à trois dimensions, ce qui est l’image de la pyramide puisqu’il apparaîtra assez rapidement si le débat démocratique est réellement mené à son terme que les coefficients vont rapidement s’équilibrer et que donc le polyèdre qui ressortira de cela ressemblera fortement au volume parfaitement régulier de la pyramide.
      S’agissant maintenant de l’allégorie navale que tu utilises, imaginons que ce que tu mets dans les superstructures, (fiscalité, charges sociales,etc..) constitue en fait le lest du bateau, cela change la vision qu’on peut avoir des choses. On obtient ainsi qeuleque chose de stable pour autant que le lest ne soit pas trop lourd, la force motrice étant fournie par ailleurs et c’est en général ce à quoi servent les entreprises et les salariés qui y travaillent(je n’y mets évidemment pas les activités financières spéculatives qui seraient un peu comme les algues et autres brinics qui freinent la course du navire que seul un bon radoub permettra de chasser) .
      Dernière chose : tu as tout à fait raison de souligner que les entreprises sont de plus en plus sensibles à la nécessité de préserver l’environnement mais certaines beaucoup plus que d’autres. Certaines présentent des rapports annuels qui sont des vrais merveilles de compréhension de ce que doit être l’équilibre efficacité économique, équité sociale inoccuité environnementale ais elles sont encore minoritaires. D’autres et pas des plus petites publient des rapports annuels dit de Responsabilité Sociale de l’Entreprise qui sont des modèles …d’hypocrisie et de pure communication qui cachent en fait des pratiques qui sont beaucoup moins louables.
      Enfin, chose peu connu, la Chine a promulgué il y a quelques mois une loi sur l’économie circulaire, où les déchets d’une activités sont la matière première d’une autre et ainsi de suite, qui est un modèle du genre….sur le papier. Pour mémoire, je rappelle que le Grand emprunt de 35 Milliards, le fameux emprunt surveillé par la commission Juppé Rocard, envisage de consacrer dans les 5 prochaines années 60 Millions d’Euros à l’économie circulaire. La différence entre l’attitude de la Chine et celle du gouvernement franais actuel illustre bien ce que je voulais dire en parlant de barycentre balladeur.
      C’est toujours un plaisir de discuter avec toi.
      Dominique

  2. Gildas MARIE dit :

    Dominique,

    Merci pour ton commentaire mais je te rapl que si tu mets sur un bateau les charges fixes dans les fonds ,je ne sais pas comment tu pourras charger !!.

    La solution est de charger dans les fonds l’energie necessaire à produire et donc à remplacer l’energie consommée par du produit à valeur ajoutée.(voir le commentaire sur le blog D’HACIBA).

    Pour ta theorie de la pyramide je reflechi et je reviens

    Bonne soirée

    Gildas

  3. Ping : les livres de l’été n°3″l’abondance frugale. Pour une nouvelle solidarité” de Jean Baptiste de Foucauld | Dominiqueguizien's Blog

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